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Co-streaming : peut-il vraiment redynamiser le sport ?

Et si, demain, nous regardions de plus en plus le sport chez nos streamers préférés ? Le co-streaming, avec ses nouvelles audiences et sa proximité avec les communautés, s’impose peu à peu comme une alternative crédible aux diffusions traditionnelles. Petit effet de mode ou véritable tendance ?

Le co-streaming, qu’est-ce que c’est ?

Suivre un match sportif à la télévision signifie généralement que nous écoutons les commentaires de spécialistes et consultants passionnés. Souvent vecteurs d’émotions (on a tous des commentaires mythiques en tête…), ils font pourtant partie de ceux qui pourraient subir une dynamique qui opère déjà depuis quelques années et risque de s’amplifier avec le temps : le co-streaming, ou co-diffusion. Avec l’avènement des réseaux sociaux, de YouTube, puis de Twitch, de nouveaux besoins ont émergé chez les jeunes consommateurs de sport, privilégiant parfois d’autres contenus au détriment de matchs entiers pouvant être longs et répétitifs.

Et c’est là que les influenceurs entrent en scène. Disposant souvent de communautés fidèles, ces derniers sont de plus en plus nombreux à se voir octroyer les droits à des compétitions sportives. Le streamer Domingo avait par exemple eu les droits via RMC Sport sur le match FC Barcelone – Manchester United en barrages de Ligue des Champions en 2023. Depuis, il enchaîne les diffusions sur sa chaîne, entre sport, séries Netflix et même plus récemment Koh Lanta. Quel que soit le contenu, une partie de son audience le suivra les yeux fermés.

Dans le sport, l’exemple le plus marquant en France en ce moment est Zack Nani. Saudi Pro League (championnat saoudien de Football avec Cristiano Ronaldo entre autres), équipe de France Espoirs de football (pour laquelle il est le seul diffuseur digital, préféré à Ligue 1+) et dernièrement la FULFIL Supercoupe de Basketball (tournoi de lancement de la saison du championnat français) : il intervient désormais très régulièrement sur des compétitions sportives officielles avec ou sans invités, attirant un public composé en partie de ses abonnés ainsi que de quelques curieux. On peut aussi prendre l’exemple de France Rugby qui frôle avec le co-streaming en misant sur les avant matchs notamment. Les exemples sont suffisamment nombreux (Ibai Llanos en Espagne, par exemple) pour parler d’un vrai phénomène qui prend beaucoup d’ampleur. Mais qu’en penser ? Le modèle a-t-il des limites ?

L’e-sport, véritable laboratoire du co-streaming

Cette tendance du co-streaming, grandement amplifiée par la popularité croissante de Twitch au fil des années, a évidemment fait son chemin du côté du domaine emblématique de la plateforme : le jeu vidéo, avec notamment l’e-sport. L’exemple de League of Legends est très parlant. Cela fait plusieurs années que son éditeur Riot Games, également organisateur des plus grandes compétitions du jeu, fait appel au co-streaming dans le cadre de la diffusion de ses compétitions et notamment ses Championnats du monde (plus communément appelés Worlds).

Pour les Worlds 2025, Riot Games a ouvert les droits à plus de 100 co-streamers, répartis en différentes langues, dans le but de toucher encore plus de personnes et de communautés à travers le monde. Chacun y trouve son bonheur, entre analyses poussées, ton humoristique ou encore soutien sans failles à une équipe de la compétition en particulier. Ce qui fait la différence pour beaucoup de spectateurs, c’est le côté plus intimiste, spontané et interactif comparé aux diffusions officielles parfois jugées plus « froides » et trop éloignées des codes de Twitch.

Au global, ce fut une franche réussite d’un point de vue audience, avec une moyenne de plus de 1,5 million de spectateurs (hors Chine) et un pic à plus de 6,7 millions durant la finale. Pour l’Esports Worlds Cup de cette année, il a été annoncé que les co-streamers ont généré 41,5 % du total des heures de visionnage, le chiffre montant même à 70 % pour certains jeux. Un exemple à suivre pour le sport traditionnel ?

Le co-streaming : ce qui manque pour redynamiser le sport ?

Retenir l’attention d’un public très sollicité est l’un des principaux enjeux des sports traditionnels vis-à-vis de leur diffusion. Les matchs pouvant durer plusieurs heures, ce n’est pas toujours simple de s’attirer les faveurs d’une génération habituée aux formats courts. Passer par un streamer peut s’avérer une belle porte d’entrée. Les temps plus creux se comblent facilement, via le chat par exemple. Le temps passe également plus vite lorsque le moment est partagé avec une personne qu’ils ont l’habitude de suivre et cela peut potentiellement créer de l’attachement au contenu traité par le streamer.

En confiant les droits de l’équipe de France Espoirs à Zack Nani, la Fédération Française de Football s’assure non seulement une diffusion et une base de spectateurs (une partie fidèle de la communauté du streamer), mais également un écosystème médiatique à part entière. Elle va ainsi pouvoir avoir une visibilité accrue en étant présente sur les réseaux sociaux du streamer mais également profiter des rediffusions et des éventuels clips sur les réseaux sociaux. Le streamer devient donc, en plus d’un diffuseur, un véritable outil promotionnel. C’est aussi ce double avantage qui rend ce phénomène séduisant pour les organisateurs des compétitions.

co-streaming zack nani

Les limites du co-streaming

Même s’il dispose d’atouts séduisants, le co-streaming n’en est pas moins un modèle laissant apercevoir certaines limites. En reprenant l’exemple de League of Legends, où le co-streaming est déjà installé depuis quelques années, ce dernier semble avoir créé une réelle dépendance. Les audiences des diffuseurs officiels du LEC, championnat européen majeur, tendent ainsi à diminuer au profit des co-streamers, pourtant parfois décriés pour n’apporter que peu de valeur ajoutée à la diffusion officielle. Cela peut poser question, dans un écosystème où les droits sont souvent distribués gratuitement à des influenceurs gagnant de l’argent lors de la diffusion des compétitions (abonnements à la chaîne, dons, etc…).

Les éventuels dérapages peuvent aussi effrayer les ayants droit : un commentaire déplacé peut rejaillir sur l’organisateur et ses partenaires, nuisant à la crédibilité de la compétition. Le co-streaming doit donc être encadré : avec une sélection pertinente des créateurs, de vraies règles éditoriales et un suivi des diffusions. Tout en ayant une vraie logique économique. Les exemples cités dans le sport au début de l’article sont souvent plus avancés que dans l’e-sport sur ce sujet, Zack Nani ayant par exemple annoncé qu’il achetait ces droits à la manière de n’importe quelle chaîne de télévision.

Un amplificateur, pas un remède miracle

Le co-streaming peut redynamiser le sport. Il l’a déjà montré. Transformer un événement sportif en rendez-vous communautaire peut constituer une excellente porte d’entrée, en attirant un nouveau public vers la compétition tout en la rendant plus accessible. Mais il ne peut pas tout résoudre. Une partie des jeunes générations consomme le sport différemment, et une diffusion davantage adaptée à leurs usages ne suffira pas forcément à compenser une compétition qui ne les passionne pas aux premiers abords.

On peut donc le considérer comme un amplificateur : il va renforcer l’intérêt suscité par une compétition, mais difficilement le créer à lui seul. L’exemple de League of Legends montre qu’en s’appuyant sur des créateurs ayant une fanbase solide, il est possible d’offrir plusieurs manières de vivre un même événement.

Nul doute qu’on verra de plus en plus de co-streaming à l’avenir. Mais ce qui sera encore plus intéressant, c’est de voir comment les compétitions et leurs organisateurs vont utiliser ce format. Peut-il s’inscrire dans la durée à travers une stratégie de diffusion cohérente ? Et chacun s’y retrouvera-t-il à terme d’un point de vue financier et image ? Parce qu’au-delà de savoir sur quelle chaîne diffuser un match ou une compétition, les ayants droit vont de plus en plus devoir se demander avec qui les spectateurs auront envie de les regarder.

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